KNYSNA — Le capitaine Patrice Evra qui manque d'en venir aux mains avec le préparateur physique, un dirigeant de la FFF qui annonce sa démission et des joueurs qui refusent de s'entraîner par solidarité avec Anelka: l'équipe de France a volé en éclats dimanche au cours d'un après-midi surréaliste, dernier épisode du fiasco français.
"Le groupe a explosé", avait déclaré dans la matinée Franck Ribéry, lors d'une intervention impromptue sur le plateau de Téléfoot sur TF1. La centaine de journalistes et les 200 spectateurs présents pour un entraînement ouvert au public en ont eu une démonstration éclatante, à deux jours du match contre l'Afrique du Sud.
Tout a commencé vers 16 heures quand le bus des Bleus a fait son apparition sur le terrain du Pezula Resort, leur repère cinq étoiles durant le Mondial. Aucun signe avant-coureur n'indique le clash hallucinant qui va suivre, les joueurs allant saluer les supporters pour signer des autographes.
Un homme cependant est resté à l'écart. Il s'agit du capitaine Patrice Evra, en grande conversation au milieu du terrain avec le sélectionneur Raymond Domenech et tenant une feuille de papier à la main. A ce moment-là, les joueurs ont déjà décidé de ne pas participer à la séance; le papier en question est un communiqué rédigé par le groupe, ce que les journalistes n'apprendront que plus tard.
Alors que le sélectionneur et Evra devisent, le préparateur physique Robert Duverne, manifestement au courant de la volonté de grève des joueurs, surgit en faisant des signes menaçants vers le capitaine. Duverne est dans une colère noire et il faut l'intervention de Raymond Domenech, qui l'aggripe, pour éviter un pugilat.
Robert Duverne, fou furieux, quitte alors la pelouse en jetant de rage son chronomètre, bientôt suivi par les joueurs qui, une fois les spectateurs salués, montent directement dans le bus.
L'encadrement, décontenancé, reste sur le terrain mais Raymond Domenech et Jean-Pierre Escalettes, le président de la FFF, vont alors entamer une négociation avec les joueurs, qui durera plus d'une trentaine de minutes.
Pour Jean-Louis Valentin, cette prise de pouvoir et le diktat d'un groupe miné par les dissensions internes et les luttes d'ego sont visiblement inacceptables. Le directeur général délégué de la FFF auprès de l'équipe de France, ému et presque au bord des larmes, effectue un geste d'éclat en quittant le terrain d'entraînement et en annonçant sa démission.
La voix tremblante, cet énarque et ancien directeur de cabinet du président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré de 2002 à 2005, ne comprend pas les caprices des joueurs.
"J'ai honte. Je suis écoeuré, dégoûté, je quitte mes fonctions, ce qui s'est passé est un scandale", explique-t-il, poursuivi par la meute des journalistes, avant de s'engouffrer dans une voiture encadrée par des policiers sud-africains.
Les palabres entre le duo Domenech-Escalettes et les joueurs ne sont toujours pas terminés et dureront une bonne demi-heure, le bus restant stationné au bord du terrain.
Peu avant 17 heures, Domenech finit par s'avancer vers les journalistes, le fameux papier à la main. D'un ton monocorde et laconique, le sélectionneur lit alors un "communiqué des joueurs" en forme de déclaration de guerre contre la FFF.
"Tous les joueurs de l'équipe de France sans exception souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération française de football d'exclure Nicolas Anelka (...). En conséquence, et pour marquer leur opposition à l'attitude adoptée par les plus hautes instances, l'ensemble des joueurs a décidé de ne pas participer à la séance programmée aujourd'hui", indique-t-il.
"Merci beaucoup, au revoir", conclut Domenech, avant de rejoindre le bus des Bleus, qui quitte alors le terrain d'entraînement. Clap de fin d'une journée de crise.[/COLOR][/COLOR]