La TNT 2.0 arrivera au printemps 2012

La TNT 2.0 ou télévision connectée devrait prendre son envol au printemps 2012.
Cette nouvelle technologie - qui permet d'accéder à Internet à travers son téléviseur - a longtemps été redoutée par les chaînes de télévision. Elles craignaient de voir débouler sur le petit écran les géants américains de l'Internet, les Google TV et autres Apple TV. Pour mettre la main sur leurs audiences et les recettes publicitaires qui vont avec.
Mercredi 30 novembre, à l'occasion des journées de l'innovation, TF1 présentait le standard de télévision connectée, baptisé TNT 2.0, sur lequel l'ensemble des chaînes françaises se sont entendues. "Si l'on n'avait rien fait, c'était écrit, on avait la Google TV", avoue Gilles Maugars, directeur général adjoint de la technologie de TF1. Le nouveau standard permettra de diffuser des contenus interactifs, vidéos, sons, textes, venus de l'Internet, sans cesser de regarder la télévision.

En pratique, le téléspectateur, équipé d'un téléviseur compatible TNT 2.0, verra apparaître sur l'écran un "widget" (qui permet d'accéder à des services Internet, comme sur les smartphones) lorsqu'il regardera un film, un divertissement ou un jeu. Il lui suffira alors de cliquer avec sa télécommande pour avoir accès au contenu interactif que lui propose la chaîne : fiche descriptive, noms des acteurs ou encore filmographie. Les téléspectateurs pourront aussi voter lors des jeux de télé-réalité ("Secret Story", "X-factor"...).

Cette soudaine ruée des chaînes vers la télévision connectée ne relève pas du hasard. Avec le standard TNT 2.0, "elles resteront relativement maîtresses de leurs contenus", précise Valéry Gerfaut, patron de M6 Web. "Il n'y aura pas de tiers pour perturber les émissions." Surtout, les géants de l'Internet, tel que Google, ne pourront pas "polluer" leurs programmes avec des publicités intempestives, comme ils le font sur la Toile.

In fine, "toutes les recettes publicitaires générées par les programmes sont garanties aux chaînes", assure Philippe Pestanes, analyste chez Kurt Salmon, cabinet de conseils aux entreprises. En 2011, se félicite TF1, le seul chiffre d'affaires publicitaire de sa "télévision de rattrapage" - qui permet sur Internet de voir des émissions après leur diffusion à l'antenne - dépassera les 10 millions d'euros.

En revanche, TNT 2.0 ne sera qu'un "Internet réduit aux acquêts", admettent les chaînes. Les téléspectateurs auront un accès au Web limité aux contenus validés par les télévisions. Pour avoir un accès complet à Internet, ils devront basculer sur la plateforme de navigation du constructeur.

Au risque d'amener sur le petit écran des contenus pirates, par exemple via le "streaming" : le visionnage de séries américaines ou de films avant leur diffusion à l'antenne. "Nous serons extrêmement vigilants sur l'émergence de contenus pirates, prévient M. Gerfaut, car la télévision est encore préservée du piratage." Au contraire du Web !

C'est dans ce contexte que les cinq experts mandatés par le gouvernement devraient remettre, ces prochains jours, leur rapport sur la télévision connectée. Comme l'indique Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, ils devraient proposer "d'adapter les obligations, qui encadrent les chaînes de télévision, au monde moderne". Le rapport recommanderait ainsi de mettre un terme au jour interdit (le samedi) de diffusion de films à la télé. Les chaînes pourraient être autorisées à acquérir tous les droits d'exploitation des programmes qu'elles coproduisent sur tous les supports de diffusion.

Pour l'instant, la TV connectée reste un marché de niche. Moins d'un million de "smart télévisions" ont été vendues en 2011. A peine 20 % d'entre elles seraient véritablement connectées à Internet. "Le standard TNT 2.0 va inciter les téléspectateurs à aller sur Internet avec leur télévision, prévoit Julien Danigo, responsable marketing produit et divertissement chez LG, ainsi ils pourront aussi accéder à notre plateforme de navigation." Et notamment aux contenus commercialisés par le fabricant de téléviseurs. En concurrence avec les chaînes, qui veulent garder captifs leurs téléspectateurs grâce au standard TNT 2.0.