La chaîne parvient à protéger ses images vis-à vis des autres médias mais peine à la faire sur le Web.

Avec ses audiences records, le Mondial a de quoi faire rêver. TF1, unique détenteur des droits de la compétition en télévision gratuite, le sait bien. Depuis le début de la compétition, la chaîne doit régulièrement rappeler à l'ordre ceux qui tentent d'utiliser abusivement les images des matchs qu'elle a chèrement acquises, pour 130 millions d'euros.

Le 11 juin, à la veille du Mondial, TF1 avait commencé à bomber le torse. Le diffuseur s'était
fendu d'une lettre à l'ensemble des autres télévisions, radios et sites Internet, rappelant fermement les règles du jeu en vigueur. Le droit à l'information donne la permission aux autres médias de retransmettre des extraits de 90 secondes de match par heure d'antenne. Ensuite, s'ils veulent enrichir ce contenu, ils peuvent acheter jusqu'à deux minutes d'extraits supplémentaires par match moyennant 5000 à 6000 euros par minute.
En début de semaine, la cellule de veille juridique mise en place par TF1 a commencé à dégainer les cartons rouges. Elle a adressé des avertissements à Canal +, Numericable et RMC. Nonce Paolini, le PDG de TF1, estime que la radio a «piraté» l'interview de Deschamps le 13 mai au cours du JT de 20 heures. «Nous avons déposé un recours devant le CSA, entre autres», a-t-il précisé. Le Grand Journal, sur Canal+ aurait dépassé le temps de diffusion légal d'images. Quant à Numericable, il faisait la promotion d'une application, Radio and Picture, permettant de remplacer les commentaires des consultants de TF1 par ceux d'une radio au choix. «Tout le monde essaye de braconner», résume Nonce Paolini.
Renégocier les droits à la baisse

beIN Sports, qui a racheté les droits de l'intégralité de la compétition en télé payante, doit aussi veiller au grain. Il y a quelques jours encore, les détenteurs d'une Freebox pouvaient accéder à tous les matchs du Mondial, retransmis par la chaîne turque TRT1. Le signal a depuis été crypté par Free.
Sur le sujet, la position de la Une est simple: «Si on veut maintenir des diffuseurs en clair lors des grands événements sportifs, il faut protéger, autant que possible, nos droits exclusifs sans pour autant fermer le marché, explique un porte-parole du groupe. En revanche, face à l'évolution des usages et de la consommation, notamment sur Internet, il est nécessaire de mieux encadrer le piratage 2.0».
Un vœu pieux? Pour l'instant en tout cas. Si les diffuseurs arrivent parfaitement à faire valoir leurs droits auprès des acteurs classiques, il leur est plus difficile en revanche de siffler les hors-jeu sur le terrain du Web. Les droits télé du Mondial se négocient territoire par territoire, le Web, lui, se pratique à l'échelle mondiale, sur laquelle TF1 a peu de prise. Or, les nouveaux usages s'y multiplient, que ce soit la mise en ligne d'extraits des buts sur les réseaux sociaux ou la diffusion intégrale de matchs sur les sites de streaming.
TF1, lorsqu'elle constate des infractions en France, a pris pour habitude d'alerter la Fifa, à qui elle demande d'intervenir pour se retourner pour obtenir l'arrêt des diffusions sauvages des rencontres en streaming. L'instance sportive officie aussi elle-même pour obtenir la suppression d'extraits postés par les internautes sur les réseaux sociaux. Elle a d'ailleurs obtenu de Twitter, à l'occasion de ce Mondial, d'instaurer un dispostif spécial pour traiter le plus vite possible les demandes de retraits mises en ligne sur le site de vidéos Vine. Les comptes des internautes pris en faute peuvent être suspendus.
TF1 ne se retournera en revanche pas directement contre les utilisateurs qui filmeraient durant quelques secondes leur télévision, afin de poster ces extraits sur les réseaux sociaux. La chaîne a au contraire décidé de mettre à profit ces nouvelles attentes des internautes pour diffuser elle-même sur Twitter des moments forts des rencontres, précédés de publicités. TF1 ne se privera pas toutefois pas d'utiliser l'argument du piratage pour tenter de renégocier à la baisse les droits du Mondial 2018 auprès de la Fifa.