Depuis hier, mardi 22 mai, on ne trouve plus personne pour donner à Facebook le moindre espoir de revenir. Pire, Mark Zuckerberg a perdu son aura de jeune milliardaire talentueux, désormais sujet de moquerie ou de colère dans les milieux boursiers. Accusé d’être responsable de ce plantage, le fondateur du réseau social risque non seulement d’être évincé – ce qui est prévu de longue date –, mais aussi de perdre quelques milliards de dollars. La chute a commencé selon Bloomberg qui, dans son classement des milliardaires, note une perte de 1,5 milliard, soit 10 % de sa fortune qui, rassurons-nous, atteint 15,8 milliards de dollars.
La culpabilité des banques
Si les plaies d’argent ne sont pas mortelles, l’échec de l’introduction en Bourse, s’il se confirme, risque d’avoir de fâcheuses conséquences sur le marché des nouvelles technologies. Les financiers risquent en effet de devenir au mieux prudents, au pire réfractaires à investir dans ce type de service. Le spectre de la bulle Internet n’est pas près de s’éloigner. Les faits pourraient aller dans leur sens. Lancée en grande pompe le vendredi 18 mai à 38 dollars, l’action a commencé à dévisser dès le lundi 21 de 10 %. Le lendemain, elle perdait à nouveau 7 % pour se stabiliser à 31 dollars.
Au départ, l’action devait être fixée à 28 dollars. Ce montant a ensuite été réévalué par la banque Morgan Stanley, comme le nombre d’actions qui a été augmenté de 25 %. Pour éviter que le crash n’ait lieu le jour même de l’introduction, Morgan Stanley a usé de tout son talent pour maintenir l’action artificiellement. Depuis ce matin, mercredi 23 mai, les financiers de Wall Street s’accordent à dire que le titre aurait dû coûter deux fois moins, soit moins de 20 dollars.
La SEC veut enquêter sur l’opération
L’introduction est désormais considérée comme un échec. Mais, plus encore, la SEC (Securities and Exchange Commission, l'autorité américaine des marchés) veut lancer une enquête pour déterminer le rôle endossé par les banques, qui ont surjoué l’enthousiasme pour mieux séduire les investisseurs. Avec Morgan Stanley, Goldman Sachs et JP Morgan sont également suspectés d’avoir minoré des éléments financiers qui auraient pu alerter les marchés. Le premier élément est le recul de 6,5 % du chiffre d’affaires de Facebook au premier trimestre. Pour le second trimestre, les prévisions évoquent une nouvelle baisse de 5 %.
Dès lors, les responsables, qu’ils le soient par mensonge, omission ou incompétence, sont activement recherchés par les enquêteurs de la SEC. Les premiers mis en cause sont les dirigeants de Morgan Stanley et le directeur financier de Facebook. Pour la banque, il n’y a pas de problème. Elle a répliqué par un très laconique : « Tout a été conforme aux procédures en vigueur. » Désormais, les interrogations portent sur l’avenir boursier du réseau. Pour Lou Kerner, fondateur du Social Internet Fund, « personne ne sait encore jusqu’où la descente peut aller ».
Coup dur pour l'avenir de la Net-économie
Malgré cet échec, Facebook porte l’un des potentiels les plus importants des high-tech. Ses 900 millions d’utilisateurs sont pris au sérieux, ce qui pousse certains analystes à envisager un retournement de situation dans d’ici à la fin 2012, voire au premier semestre 2013. Malgré ses interrogations, Lou Kerner n’est pas défaitiste et confie que, dans quelques mois, cet effondrement ne sera qu’un mauvais souvenir. Souhaitons que l’avenir lui donne raison.
En effet, cette mésaventure pourrait avoir des répercussions sur les autres entreprises du Web dont la stabilité économique pourrait être mise en doute par les marchés. Et, de là à suspecter que la Net-économie n’est pas une si bonne affaire que cela, il n’y a qu’un pas.




