Stephan Lichtsteiner est du genre déroutant. Besogneux et dur sur l’homme, le latéral droit suisse est capable de se muer soudainement en un ailier fin et technique, et de semer la panique dans les défenses adverses. Cette année, en plus de son inlassable travail défensif, il a délivré 10 passes décisives et trouvé 6 fois le chemin des filets, toutes compétitions confondues. Dernière réalisation en date, ce 4 juin en amical face au Pérou (2:0) : une magnifique tête en pleine lucarne. Si le bonhomme est imprévisible, d’une certaine manière, on peut en dire autant des équipes pour lesquelles il joue.
"En championnat, notre saison a été exceptionnelle. 102 points, 19 matches à domicile gagnés sur 19, 33 succès sur 38 : les chiffres parlent d’eux-mêmes. Toutefois, à l’échelle européenne, on ne peut pas être satisfait de nos résultats", confirme lui-même, au micro de FIFA.com, l’indéboulonnable arrière de la Juventus de Turin, passé par Lille et la Lazio Rome. "Nous avons échoué en phase de groupes de Ligue des champions alors que notre poule était accessible. Nous avions l’occasion de nous consoler avec l’Europa League. Là encore, l’objectif n’a pas été atteint. On avait le potentiel pour faire mieux."
L’écart de forme affichée par la Juve en championnat et en Coupe d’Europe a été aussi grand que mystérieux. Impitoyable face à Naples, l’AS Rome et autres AC Milan, la Vielle Dame a enchaîné les impairs face au FC Copenhague, Galatasaray ou encore Benfica pour finir éliminée en demi-finale d’une Europa League dont la finale se jouait pourtant cette année à Turin. "Cet échec ne tient en grande partie qu’à nous. En championnat, nous jouons avec plus de concentration et de confiance. Sur la scène européenne, les détails font davantage la différence. Nous ne sommes pas parvenus à faire en sorte qu’ils tournent en notre faveur. Nous avons fait trop d’erreurs individuelles. Mais je suis convaincu que nous ne les reproduirons pas l’année prochaine", avance le Swiss Express, un surnom lié aux innombrables allers-retours qu’il effectue sur son flanc droit.
En attendant, la Juve n’a plus atteint le dernier carré de la C1 depuis 11 ans : une éternité pour ce monument du Vieux Continent. Difficile donc de situer aujourd’hui les Bianconeri sur l’échiquier européen : "Sur un plan financier, il est clair que les meilleurs clubs d'Italie, dont la Juve, ne peuvent pas suivre les grosses écuries d’Espagne, d’Angleterre ou de France", assure Lichteiner. "Néanmoins, on ne doit pas se cacher derrière cela. Dortmund a atteint la finale de la Ligue des champions l'an dernier, Séville a remporté l’Europa League cette année, l’Atlético de Madrid a gagné la Liga et s’est qualifié pour la finale de la C1… Or, côté budget, ces équipes ne sont pas aussi compétitives que les meilleurs clubs italiens ! Si le succès sourit à ces équipes, pourquoi ne sourirait-il pas aux clubs italiens ?"
Inconstance suisse
Autre énigme : la Suisse. Car la Nati n’est guère plus prévisible. Sixième au Classement FIFA-Coca-Cola, troisième nation européenne, elle reste sujette à des questions tant elle est capable de souffler le chaud et le froid. "Au vu de notre nombre d’habitants, je trouve que la Suisse fait un excellent travail dans tous les domaines et elle dispose d’un réservoir de talent tout à fait intéressant. Sur ce point, nous ne sommes probablement pas loin d’être parmi les meilleures nations", souligne Lichtsteiner. "Le potentiel n'est pas encore épuisé. Nous devons nous mettre dans le sillage des grands et c’est précisément ce que nous essayons de faire. Mais nous devons davantage être réguliers dans la performance face à des équipes réputées ‘faibles’."
Et de poursuivre : "C’est un domaine dans lequel nous devons particulièrement progresser. Je pense que la Suisse est pour n’importe quelle grande équipe un adversaire dur à jouer. Dans le même temps, nous restons des adversaires accessibles aux yeux des ‘petites’ équipes. Nous avons toujours un peu de mal à nous créer des occasions à prendre le jeu à notre compte. Mais on y travaille." Concrètement, capable de battre le Brésil (1:0 en août dernier), la Nati peut aussi se faire accrocher par Chypre (0:0 en mars 2013) ou perdre contre la République de Corée (2:1 en novembre 2013). Une irrégularité qui rappelle son parcours en Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du sud 2010 : malgré une victoire face aux futurs champions du monde espagnols (0:1), les Hélvètes avaient été éliminés en phase de groupes après une défaite face au Chili (1:0) et un nul contre le Honduras (0:0).
"Nos joueurs actuels ont, depuis, gagné en expérience et en maturité. Dans le même temps, des jeunes très talentueux ont ajouté leur pierre à l’édifice et élevé clairement la qualité de l’équipe. Globalement l’équipe est bien plus forte qu’il y a quatre ans", assure l’intéressé, déjà présent à Afrique du Sud 2010. "Cette année, Nous allons tout faire pour rejoindre les huitièmes de finale, si possible en atteignant la première place du groupe. Ça ne sera pas facile, mais c’est cela que nous devons viser. Passée la phase de groupes, tout est possible. J’espère que nous serons l’équipe surprise de la Coupe du Monde." Une surprise prévisible ?




