Une panne chez un prestataire de services Internet a mis à genoux toute une série de sites web. Explications.

Ce 8 juin 2021, le web a été marqué par une petite catastrophe : une panne qui a duré plusieurs heures et qui a affecté un grand nombre de sites web importants, dont New York Times, GitHub, Le Monde ou encore... 01net.com.

Ils étaient totalement inaccessibles et n’affichaient souvent que quelques lignes de texte.




L’origine de cette panne se trouvait chez Fastly, un prestataire de services Internet. Cette société américaine gère un réseau dit « de diffusion de contenu »

(Content Delivery Network, CDN). Celui-ci est constitué de serveurs proxy répartis dans le monde entier, dont le but est de mettre à disposition le contenu web de leurs clients au plus proche des internautes.

Cette façon de faire permet de réduire le temps de connexion et de téléchargement. Plutôt que d’aller chercher les données directement sur les serveurs d’un éditeur, qui peuvent se trouver à l’autre bout du monde, on les récupère sur un serveur proxy qui en dispose une copie et qui est situé à proximité.

Résultat : on accède plus vite à des articles, à des images, à des vidéos, à des films, etc.

Des services concentrés par une poignée d'acteurs

Les services de ce type sont évidemment très pratiques et la plupart des sites web commerciaux les utilisent désormais.

Le souci, c’est que le marché du CDN est dominé par une poignée d’acteurs : Akamai, Cloudflare, Fastly, Amazon CloudFront et Verizon EdgeCast.

Quand l’un d’entre eux tombe en rade, des centaines de sites sont affectés en conséquence. C’est ce qui s’est passé ici.

La panne de Fastly a concerné près de 80 points de présence dans le monde, dont 18 en Europe, provoquant un écroulement du trafic.

Selon Kentik, une société spécialisée en réseau de données, levolume de trafic provenant de Fastly a diminué de 75 %. Ce qui est énorme.





Pour autant, on ne peut pas parler d’une « panne du web » et encore moins d’une « panne de l’Internet ». Le dysfonctionnement observé est resté circonscrit aux clients — certes nombreux — de Fastly. « L’Internet a très bien tenu.

L’écrasante majorité des sites web marchaient. Quelques gros sites web commerciaux avaient une drôle d’allure »
, résume Stéphane Bortzmeyer, un ingénieur réseau, sur Twitter.

Cette centralisation croissante des services web ne se limite pas à la diffusion de contenu. C’est également le cas pour d’autres services, tel que le DNS, l’annuaire du web.

Le 21 octobre 2016, un grand nombre de sites web commerciaux étaient inaccessibles en raison d’une attaque par déni de service distribué (DDoS) qui a mis à genoux le prestataire américain Dyn.

On peut regretter ce phénomène de centralisation, car il crée des points de défaillance dans un système de communication qui, à l’origine, est totalement décentralisé. Mais c’est ainsi, c’est la loi du marché !