Que vaut le principal concurrent de ChatGPT ? Notre prise en main de Bard, l'IA de Google
ChatGPT a-t-il du souci à se faire ? Bard commence à entrer en jeu, et Google entend bien rattraper son léger retard au démarrage par rapport à Microsoft. De ce que nous avons vu de Bard jusqu'ici, l'IA de Google fait une proposition différente à celle de ChatGPT, avec des avantages à son actif, mais aussi des points à améliorer.
Microsoft et Google se rendent coup pour coup dans la bataille de l'intelligence artificielle qu'ils ont engagée.
Quelques semaines après le succès du premier avec ChatGPT, le second a répondu en annonçant Bard, sa propre solution conversationnelle fondée sur l'IA.
Mais à l'époque, Bard n'était pas encore disponible et seulement testé en interne. Cette fois, nous avons enfin été en mesure d'accéder à la plateforme et de la prendre en main. Voici donc nos premières impressions à son sujet.
Comment accéder à Bard ?
Google a ouvert une liste d'attente le 21 mars dernier pour qu'un volume limité d'utilisateurs puissent essayer le service avant les autres. Il y a toutefois une restriction pour pouvoir s'inscrire : résider aux États-Unis ou au Royaume-Uni.
Nous avons utilisé un VPN pour rejoindre la liste d'attente dans la foulée de l'annonce et avons obtenu un accès quelques jours plus tard.
Notez que Google ne nous a jamais prévenus par e-mail que nous pouvions commencer à utiliser Bard, nous avons dû nous rendre manuellement sur la plateforme pour constater qu'elle nous était devenue accessible.
Si vous souhaitez rejoindre la liste d'attente, rendez-vous sur cette page.
Bard est-il disponible en français ?
Qu'il s'agisse de son interface ou de ses capacités de compréhension ou d'expression, Bard n'est à ce jour pas compatible avec la langue française. Seul l'anglais est pris en charge.
Google a fait savoir qu'il maîtriserait d'autres langues dans le futur, mais nous ne savons pas quand.
Pour rappel, par défaut, ChatGPT communique en anglais, mais comprend le français et répond en français lorsqu'on lui soumet un prompt dans cette langue.
Quelles sont les différences entre Bard et ChatGPT ?
Alors que ChatGPT est fondé sur le modèle de langage GPT-4 développé par OpenAI, une société financée par Microsoft, Bard repose sur LaMDA, un modèle de langage neuronal conversationnel créé par Google.
Si leurs objectifs sont similaires, leur manière de les accomplir peut varier, notamment en ce qui concerne leur entraînement dopé au deep learning et leur présentation des réponses apportées.
Notre prise en main de Bard ci-dessous vous en dira plus sur les éléments qui le différencient de ChatGPT.
Bard est-il pertinent ?
La précision et la pertinence des réponses sont primordiales pour un agent conversationnel, mais Google se protège en admettant d'emblée que son chatbot est loin d'être infaillible.
« J'ai des limites et je ne réussirai pas toujours », nous indique Bard dans l'espace de discussion avant même que nous ayons tapé quoi que ce soit.
Une autre mention en bas de page précise également que « Bard peut afficher des informations inexactes ou offensantes qui ne représentent pas les opinions de Google ».
L'une des bonnes surprises à l'utilisation de Bard a été sa capacité à aller chercher des informations en temps réel sur le Web.
Nous lui avons demandé le score du match de football Irlande-France joué le 27 mars 2023, et le chatbot a été capable de nous répondre, ce que ChatGPT échoue à faire (Bing AI avec GPT-4 réussit en revanche cette épreuve).
© Google Bard
Lorsque nous lui demandons qui va gagner la Premier League anglaise cette année, Bard cite les premiers du classement et leur nombre de points du moment.
Il enrichit sa réponse en donnant une statistique des chances de victoire pour chaque équipe en citant sa source, en l'occurrence un média sportif reconnu spécialisé dans les données statistiques.
Il agrémente sa réponse en précisant qu'il reste encore beaucoup de matchs à jouer et qu'il est encore trop tôt dans la saison pour être certain du vainqueur.
Sa réponse nous semble très bien équilibrée. À la demande d'une prédiction, il fournit les informations dont il dispose en l'état, donne des pourcentages de chances provenant d'une source pertinente et conclut en rappelant que tout peut encore évoluer.
Si on lui pose cette même question, ChatGPT se contente d'esquiver sans apporter d'éléments intéressants au débat.
© Google Bard
Mais pour d'autres requêtes, Bard peut se montrer imprécis, voire incorrect. Lors de sa présentation par Google, il lui avait été demandé quelle était la première exoplanète observée par l'Homme.
Bard attribuait alors la première photo d'une exoplanète au télescope spatial James Webb, avec un cliché de la géante gazeuse HIP 65426 b pris en septembre 2022, alors qu'il s'agissait en fait des premières images d'une exoplanète dans l'infrarouge moyen.
C'est le télescope VLT Yepun, dès 2004, qui aurait dû être cité par Bard. Nous avons vérifié, et quelques semaines plus tard, le chatbot commet toujours la même erreur.
© Google Bard
Nous avons également exigé de Bard qu'il nous affiche la liste des dix derniers gagnants de la Coupe du monde de football, et l'IA semble ne pas avoir apprécié le résultat de la finale de la dernière édition.
Elle annonce en effet la France comme championne du monde 2022 à la place de l'Argentine.
Bard se reprend cependant quand nous lui demandons le vainqueur de la dernière Coupe du monde, en citant bien l'Argentine cette fois-ci.
© Google Bard
Nous avons également réclamé à Bard la rédaction d'une critique pour le film John Wick 4.
Si l'IA reprend plutôt habilement les codes de l'exercice de la critique, il a commis une erreur factuelle, incluant l'actrice Carrie-Anne Moss dans la distribution alors qu'elle n'en fait pas partie.
Il ne fait d'ailleurs pas que la citer dans le casting, il indique aussi que « les rôles secondaires sont excellents, avec Yen et Moss qui brillent particulièrement ».
Bard a dû se mélanger les pinceaux avec tous les articles évoquant Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss, qui partagent l'affiche de Matrix, surtout que les deux ont déclaré il y a quelques années qu'ils aimeraient aussi collaborer dans John Wick.
© Google Bard
En faisant remarquer son erreur à Bard, celui-ci l'admet volontiers, mais sans que l'on sache vraiment s'il a conscience de s'être trompé ou s'il suit juste notre affirmation sans la vérifier.
Si on lui demande de générer une nouvelle critique en corrigeant sa méprise, il s'exécute, et le nom de Carrie-Anne Moss disparaît du texte.
Comme ChatGPT, Bard peut créer du code pour un site web, un logiciel ou un jeu vidéo.
Il est aussi possible de modifier la présentation du code affiché, en retirant les commentaires ou en supprimant les espaces par exemple.
© Google Bard
Une interface accueillante et efficace
L'UI de Bard est plus chaleureuse et colorée que celle de ChatGPT. Elle s'appuie sur les éléments de design des autres services de Google, si bien que l'on reconnaît immédiatement la fonction des différents espaces et boutons disponibles.
Dans la colonne de gauche, nous avons accès à quatre fonctionnalités :
- La réinitialisation du chat pour recommencer la conversation à zéro ;
- L'activité Bard qui permet d'accéder à l'historique de ses requêtes, de supprimer celles-ci, et d'activer ou désactiver le suivi d'activité ;
- Une section Questions et réponses, seulement en anglais pour l'instant ;
- Une section d'aide et de support en cas de problème ou de question.
Il est possible de faire disparaître cette colonne pour gagner de l'espace à l'écran.
© Google Bard
Pour entrer un prompt, il suffit de saisir du texte dans le champ consacré en bas de l'écran ou de cliquer sur l'icône de microphone pour la saisie vocale.
Vos instructions apparaissent alors dans l'interface de chat, bientôt suivies de la réponse de Bard.
La génération d'une réponse semble plus rapide que sur ChatGPT, avec une latence de quelques secondes au début comme pour son concurrent, mais avec l'apparition soudaine de tout le texte ensuite, alors que ChatGPT affiche le texte au fur et à mesure.
Les boutons avec des icônes en forme de main au pouce en l'air ou vers le bas permettent de noter la qualité d'une réponse et d'indiquer à Google si Bard a fait une erreur.
Juste à côté, un autre bouton permet de lancer la création d'une nouvelle réponse. Un quatrième bouton baptisé « Google it » permet d'afficher les sujets relatifs recherchés sur Google.
En cliquant sur une proposition de requête, vous êtes redirigé vers le moteur de recherche.
© Google Bard
De l'autre côté de l'interface de chat, nous pouvons ouvrir un menu matérialisé par les trois petits points à la verticale bien connus des habitués de l'écosystème de Google.
Une fois ouvert, celui-ci offre deux nouvelles possibilités : copier le texte du message ou reporter un problème d'ordre légal dans une réponse de Bard.
Terminons avec une fonctionnalité que l'on ne retrouve pas dans ChatGPT. Pour la plupart des requêtes, Bard va automatiquement générer trois brouillons. Chacun prend une forme, une taille et un ton différents, et leur contenu peut également varier.
L'utilisateur a ainsi directement trois exemples à disposition, et il peut choisir celui qui lui convient le mieux pour partir sur les meilleures bases.
Bien entendu, il est ensuite possible de demander d'autres versions fondées sur le premier jet sélectionné, en orientant Bard vers une direction ou en lui donnant davantage de contexte, ou bien des informations plus précises et complètes.
© Google Bard
Bard, une alternative convaincante à ChatGPT ?
Lors de notre prise en main, Bard a soufflé le chaud et le froid.
Nous avons apprécié son interface et des fonctionnalités comme la création de plusieurs brouillons pour une requête, mais l'agent conversationnel nous a mis face à des aberrations factuelles pour des questions qui n'étaient pourtant pas bien compliquées (casting d'un film, dernier champion du monde de football).
Comme ChatGPT, Bard peut faire gagner du temps pour certaines tâches, mais il est nécessaire de toujours bien se montrer précis dans ses prompts, et de vérifier et corriger son travail.
Pour une première mouture, l'IA de Google montre en tout cas un potentiel intéressant et devrait progresser rapidement dans les semaines et mois à venir. Mais pour l'instant, on attend surtout la prise en charge du français.




© Google Bard
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