Après des années de rumeurs, l’entreprise a enfin dévoilé son casque de réalité mixte, aux spécifications techniques et à l’interface impressionnantes. Mais compte tenu de son prix très élevé, l’appareil s’apparente plutôt à un kit de développement pour l’instant.

Il est là ! Ce soir, Apple a non seulement présenté une foule de nouveaux produits et de mises à jour pour ses OS traditionnels :

le géant américain a aussi sorti de son chapeau l’appareil qu’il prépare depuis de nombreuses années déjà.

Vision Pro, c’est son nom, est un casque AR/VR, ou plutôt un « ordinateur spatial » pour reprendre les termes, toujours un brin pompeux, d’Apple.





Comme le Quest Pro de Meta, il a en effet été conçu à la fois pour profiter d’expériences en réalité virtuelle, mais aussi en réalité mixte.

Lorsqu’on revêt le casque, on peut en effet percevoir ce qui nous entoure grâce à une série de caméras (l’appareil en possède 12 en tout !) qui le rendent capable de « mélanger le monde physique avec du contenu numérique ».


Crédit : Apple


Du jamais vu du point de vue matériel

Vision Pro est en effet un « vrai » ordinateur, plutôt puissant, même. Il intègre en effet une puce M2, la même que l’on retrouve dans les Mac les plus récents.

Celle-ci est combinée à une nouvelle puce, baptisée R1, qui interprète les signaux de ces 12 caméras, mais aussi des 5 capteurs et six micros afin d’offrir une « réalité mixte » avec fidélité et sans latence -une donnée essentielle pour éviter les nausées, courantes avec ce genre d’appareil.





Ces images sont diffusées par ce qui est sans doute la plus grande prouesse hardware du Vision Pro : deux écrans micro-OLED de la taille de timbres-poste, qui offrent au total 23 millions de pixels !

Par comparaison, une TV 4K comprend environ… un peu plus de 8 millions de pixels seulement.


Crédit : Apple


C’est tout simplement du jamais vu, et ces deux écrans devraient procurer à l’utilisateur du casque une vraie sensation d’immersion… Reste que les choix de design effectués par la Pomme sont tout de même contraignants :

les utilisateurs qui portent des lunettes devront acquérir, en plus, des inserts optiques aimantés fabriqués par Zeiss.

Contrairement à Meta, Apple a fait le choix audacieux d’utiliser une batterie externe, reliée par câble, et qu’on peut garder dans la poche lors de l’utilisation.

Cela rend certainement le casque plus confortable, mais pas de miracle du point de vue de l’autonomie : sur batterie, Vision Pro ne fonctionnera que deux heures, maximum…


Crédit : Apple // Le Vision Pro et sa batterie, que l’on glisse dans une poche


VisionOS, le nouveau système d’exploitation d’Apple

Cette débauche de matériel haut de gamme ferait presque passer le Quest Pro pour un appareil « préhistorique », mais Apple ne s’est évidemment pas arrêté là, et a visiblement aussi soigné sa partition logicielle.

« Visiblement » car il faut garder en tête que toutes les démos présentées ce soir ont été très soigneusement enregistrées et montées !

Vision Pro est donc animé par VisionOS, un système d’exploitation qui vous permet d’utiliser cet appareil comme un ordinateur à part entière, en réalité mixte ou virtuelle. Les applications sont ainsi « projetées » en 3D dans votre salon ou votre bureau.

Et l’on peut interagir avec elles de façon naturelle : votre regard, traqué en permanence par le casque, sert de pointeur, la réunion de deux de vos doigts de « clic » ou de « scoll ».

Enfin, il est possible d’interagir par la voix ou par le biais d’un clavier virtuel.


Crédit : Apple // Le Vision Pro dispose aussi d’une “couronne digitale” similaire à celle de l’Apple Watch


Tout ceci n’est pas nouveau : Meta offre ce genre de contrôles depuis longtemps déjà, y compris sur son casque d’entrée de gamme.

Mais Apple a, semble-t-il, réussi a peaufiner cette expérience de saisie naturelle, puisqu’il ne livre même pas d’accessoire de saisie (comme des manettes) avec son appareil.

Autre particularité de VisionOS : EyeSight. Bien conscient que ces produits isolent leur utilisateur d’éventuels semblables qui se trouveraient dans la même pièce, Apple a fait en sorte que le casque affiche automatiquement en façade les yeux du porteur lorsqu’il repère un autre être humain !

Le résultat est bizarre, dérangeant, mais a au moins le mérite de tenter d’offrir une réponse à cet épineux problème.


Crédit : Apple // l’iPhone avait FaceID, Vision Pro a Optic ID : des capteurs scannent l’iris du porteur afin de l’authentifier avant utilisation



On cherche toujours la « killer app »




Apple, en revanche, n’a, semble-t-il, toujours pas résolu un problème encore plus grand : celui de l’intérêt fondamental de ces produits par rapport à ceux que nous possédons déjà.

Il a pourtant largement égrené, au fil de nombreuses démonstrations, souvent bluffantes, les mille et un usages de Vision Pro.

On peut s’en servir comme d’un gigantesque bureau d’ordinateur, qui affiche vos applications devant vous.





Ou d’une salle de cinéma personnel, avec un écran de « 30 mètres » et des expériences immersives à 180 degrés.

On peut aussi s’en servir pour s’échapper de son triste bureau, et découvrir « de magnifiques paysages dynamiques ». Capturer -puis revivre- des moments en famille par le biais de vidéos 3D.

Ou encore utiliser FaceTime grâce à un avatar qui reproduira fidèlement les mouvements de votre visage ou de vos mains.

Oui, mais voilà, cette collection de fonctions ne font pas une « killer app » : le Vision Pro semble surtout faire (beaucoup) mieux ce que ses deux concurrents, Quest Pro et Hololens de Microsoft, permettent déjà.

Difficile, donc, de considérer cet engin comme autre chose qu’une superbe démonstration technologique, un premier pas vers un « après smartphone » que les géants de la tech cherchent déjà depuis quelques années.

À 3500 dollars et pour l’instant réservé aux seuls américains, le Vision Pro n’est de toute façon pas un produit grand public, plutôt un « dev kit » à destination des développeurs qui vont pouvoir jouer avec et, peut-être, trouver l’usage qui le rendra demain indispensable…