Les internautes ne font pas la différence entre les sources du Web et c’est un problème
Parfois, un simple commentaire sur Facebook fait ressurgir des questionnements sur l’éducation aux médias.
Le hasard a voulu que j’écrive coup sur coup, deux contenus sur AirBnB.
Le premier était destiné à mon site sur Majorque, qui n’est absolument pas un média journalistique et le second, sur Projet Arcadie, pour parler d’une proposition de loi issue de l’Assemblée nationale, adoptée par le Sénat.
Jamais deux sans trois : cet article sera le troisième.
Du rififi sous le soleil de Majorque
Plus précisément, le cœur de cet article ne sera pas AirBnB, mais plutôt un commentaire, qui se voulait acerbe sur le premier article.
Partagé dans un groupe Facebook — qui reste une bonne source de trafic — une personne a déploré que l’article sur mon blog de voyage, manquait de neutralité et ne correspondait pas aux standards journalistiques attendus.
Ne voulant pas remettre une pièce dans la machine, je me suis abstenue de répondre, mais une évidence m’a sauté aux yeux.
Cette personne ne fait pas la différence entre une note de blog, un article journalistique, un blog, un média et les réseaux sociaux.
Combien de fois des gens ont parlé des articles du Projet Arcadie, comme d’une note de blog ?
À l’inverse, mon site sur Majorque est régulièrement confondu avec un média spécialisé, au sens journalistique du terme.
Pourtant, en dehors de leur propriétaire, les deux n’ont aucun rapport. Projet Arcadie est reconnu par la CPPAP comme organe de presse d’intérêt général.
Il y a les pages obligatoires que doivent avoir tous les médias reconnus.
Il n’y a pas d’ours, car je suis la seule à écrire, pour des questions financières. Je ne donne jamais mon avis sur le fond des textes sur Arcadie — je le fais sur la technique parlementaire et sur la pertinence technique.
Les lecteurs d’Arcadie n’ont pas à savoir ce que je pense au fond de tel ou tel texte, mon avis n’est pas un sujet journalistique.
Sur mon blog de voyage, il n’y a aucun numéro CPPAP, les mentions légales indiquent précisément que c’est un blog de voyage monétisé, les articles contenant des liens d’affiliation sont bien spécifiés.
Je donne mon avis, j’utilise la première personne du singulier.
Je n’ai jamais eu la prétention de faire du journalisme sur mon blog sur Majorque.
Hiérarchisation de l’information
On a commencé à parler d’éducation aux médias quand le Web a progressivement remplacé les médias traditionnels pour la délivrance de l’information et on a tous eu la naïveté de croire qu’il suffisait de compter sur le bon sens des gens.
Rien n’est plus faux : la preuve avec le commentaire de cet internaute.
Déroulons la pelote : quelqu’un qui ne fait pas la différence entre les sources est quelqu’un qui ne sait pas hiérarchiser l’information.
C’est donc quelqu’un qui sera plus exposé à la désinformation et quand vous arrivez avec un sujet un peu sensible, vous êtes assuré de faire de l’audience et de la propagation très facilement.
On peut se dire qu’on est face à des imbéciles et que c’est tant pis pour eux. Sauf que même moi, je m’y suis laissé prendre avec mon principal concurrent pour mon site sur Majorque.
En réalité, j’ai deux concurrents directs, mieux classés : le premier est Français, installé à Majorque, le second est Britannique, également installé à Majorque. Ils ont tous les deux un site sur l’île.
Mais, les deux ne sont pas dans le secteur des médias ni même du tourisme : ce sont des agences immobilières.
Brouillage de lignes
C’est en lisant la biographie de l’auteur principal du site anglophone que je m’en suis rendu compte, mais ce n’était pas visible au premier coup d’œil.
Quant au site francophone, je le savais d’entrée de jeu, car je les avais contactés à l’époque où je cherchais un bien sur l’île.
Au-delà de la distinction média journalistique/blog, c’est aussi une question de spécialisation.
Pour beaucoup de gens, un contenu spécialisé est une note de blog. Pourtant, ce qui différencie la note de blog du contenu journalistique, est la prise de distance avec le sujet.
Une note de blog n’a pas à être neutre, elle ne doit pas obligatoirement présenter tous les points de vue, elle n’a même pas à solliciter des prises de position différentes.
À l’inverse, le contenu de type journalistique ne fait pas état de la position personnelle du journaliste sur tel ou tel sujet.
Phénomène qui a brouillé les lignes : le gonzo-journalisme dont Vice était le précurseur ou du moins, le fer de lance.
Cette rédaction pratiquait allègrement le gonzo-journalisme avec des sujets qui mettaient en scène le journaliste dans telle ou telle situation.
Ce n’était plus Martine à la ferme ou Martine à la plage, mais Jean-Michel Toxico ou Jean-Michel Squatteur.
Il est vrai aussi qu’autre chose a contribué à brouiller les lignes : beaucoup de rédactions ont opté pour ce qu’on appelle le life-style et dans cette grande famille, il y a le tourisme.
Il n’est pas rare de trouver dans Le Figaro des articles vantant telle ou telle destination.
Est-ce réellement de l’information ?
Quant à la presse locale à Majorque, elle publie régulièrement des contenus qui sont plus proches du publirédactionnel que du journalisme.
Difficile de reprocher à un internaute, qui ne connaît pas toutes les subtilités du métier, de ne pas faire la différence entre les deux.
Ce qui est dommage, c’est qu’on a attendu les années 2020 pour parler d’éducation aux médias alors qu’on aurait dû le faire dès les années 2000, quand le Web s’est démocratisé.
Quant à mon internaute mécontent, je vais le remercier de m’avoir donné de l’inspiration.





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