ean-Baptiste Kempf, créateur de VLC, le fameux couteau suisse de la vidéo, est en colère et menace de quitter la France, tout simplement. En cause : le ministère de la Justice empêche sa femme de devenir juge, malgré sa réussite au concours de l’ENM.

C’est un coup de gueule public qui pourrait peut-être aider à débloquer une situation ubuesque.

Jean-Baptiste Kempf, directeur technique de Scaleway et président de VideoLAN — au sein de laquelle il a co-créé le lecteur vidéo VLC bien connu — est en colère et menace même de quitter la France.

Il le fait savoir dans un billet sur LinkedIn.

Au cœur de son réquisitoire : le ministère de la Justice et plus spécialement Gérald Darmanin, le ministre en poste.


Le coup de gueule de Jean-Baptiste Kempf

Le nœud du conflit n’a rien à voir avec VLC, du moins pas directement.

La femme de Jean-Baptiste Kempf a passé le concours externe de l’ENM (Ecole nationale de la magistrature), et a réussi les examens haut la main.

Mais voilà, le ministère estime après coup qu’elle n’avait pas le droit de concourir, pour une raison étonnante : une insuffisance d’activité juridique qualifiante.

En substance, le concours externe se destine aux professionnels du privé pour devenir juge.

Le taux de réussite tourne autour de 4 à 5 %, ce qui en fait l’un des concours administratifs les plus sélectifs du pays.

Le fait que le ministère s’oppose au droit à concourir de la candidate — qui a déjà passé les oraux — est d’autant plus étonnant que la justice manque cruellement de juges.

La justification du manque d’expérience parait complètement hors de propos, sachant que la femme de Jean-Baptiste Kempf l’a épaulé lui et VideoLAN pendant dix ans pour régler « des attaques de centaines d’avocats, pour violation de brevet, de droit d’auteur, et plus d’autres choses parfois farfelues ».

Le légal dans VideoLAN est « plus compliqué et complexe que dans la plupart des sociétés que je connais », ajoute-t-il, « et avec un champ d’application bien plus large ».

L’expérience de la candidate ne semble donc pas devoir être mise en cause.

Kempf avance un des arguments qu’il a aussi beaucoup entendus : « le travail pour VideoLAN ne compterait pas, parce qu’il est bénévole ».

Ce à quoi il rétorque que VLC a certainement plus fait que la plupart des start-ups de la French Tech, « et probablement plus que le Garde des Sceaux ».

Il rapporte que Gérald Darmanin a écrit que « le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire ».

Ce qui est évidemment complètement fou à notre époque.

Le cabinet du ministre est au courant de la situation, mais malgré les relances de toutes parts, rien à faire.

Le Conseil d’État doit encore se prononcer sur le fond, mais cela prendra plusieurs mois.

« Franchement, je n’y crois plus dans cet État corrompu, qui cultive l’entre-soi, et qui ne se déjugera jamais », poursuit Kempf dégoûté par la situation, qui menace donc de quitter la France.

Reste à voir maintenant si le coup de gueule sera salvateur et saura faire bouger les choses positivement.