Hadopi 2 : ça se précise !
Que nous réserve Hadopi 2 ?
Un "dispositif pénal dissuasif et adapté", voilà en substance la structure d'Hadopi 2, texte de loi complémentaire à la loi Création & Internet qui sera "plus répressif" que le texte initialement prévu et retoqué par le Conseil constitutionnel (cf. cet article). C'est en tout cas ce qu'a dévoilé Michel Alliot-Marie, nouvelle Garde des sceaux, lors du Conseil des ministres d'hier. En effet, ce ne sera pas à Frédéric Mitterrand, remplaçant de Christine Albanel au poste de ministre de la Culture, de s'occuper d'Hadopi qui revient - puisque le piratage est finalement toujours considéré comme un délit - au ministère de la Justice.
Un nouveau texte qui "réaffirme la volonté du gouvernement de prévenir le pillage des oeuvres sur Internet et prévoit un dispositif judiciaire adapté pour sanctionner les auteurs de téléchargements illicites", selon le communiqué officiel. Un texte comptant cinq articles qui "autorise les agents de la Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet à constater les infractions à la protection des oeuvres via Internet et à recueillir les observations des personnes concernées". Autrement dit, les ayant-droits pourront saisir Hadopi pour obtenir des informations essentielles, telles que l'IP des supposés pirates.
Autre point important, la possibilité laissée par ce nouveau texte "à la justice de recourir à des procédures simplifiées pour prononcer des sanctions contre les auteurs de téléchargements illicites. Un traitement rapide et efficace du contentieux sera ainsi assuré par la voie d’ordonnances pénales et devant le tribunal correctionnel siégeant à juge unique". Voie d'ordonnances pénales pour des jugements rendus sans audience publique à juge unique devant le Tribunal correctionnel, histoire d'accélérer les sanctions, sans toutefois atteindre le rendement initial prévu par Hadopi. Ainsi, le Tribunal disposera d'un "clavier à trois touches pour les sanctions : la suspension de l'abonnement, l'amende pour délit de contrefaçon, voire la prison pour contrefaçon".
50 000 coupures d'accès par an pour Hadopi 2
La coupure de l'accès Internet décidée par un juge pourrait aller jusqu'à six mois, mais rien ne dit pour le moment si le condamné devra continuer à régler sa facture à son FAI. Aussi, il sera interdit de contracter un abonnement chez un autre FAI sous peine d'être condamnable à une amende allant jusqu'à 30 000€ et deux ans de prison.
Bien entendu, les réactions n'ont pas tardé à se faire entendre. La Quadrature du Net dénonce pour sa part un texte encore "plus absurde" qui relève de "l'acharnement thérapeutique" et qui sera "plus coûteux et moins efficace que le précédent". Christian Paul, farouche opposant politique à Hadopi, n'y a pas non plus été avec le dos de la cuillière : "Hadopi 2 est une provocation, un indécent passage en force, qui entretient une illusion sécuritaire auprès des artistes sans apporter un début de réponse au financement de la création (...) Le nouveau ministre doit prendre la mesure de la révolution numérique, la saisir comme une chance et ne plus en faire un cauchemar". Il en appelle à Frédéric Mitterrand : "Homme de culture, probablement peu enclin à encourager la surveillance généralisée de l’internet, le nouveau ministre serait bien inspirée de proposer un « arrêt sur image », un moratoire, pour engager enfin avec tous la concertation qui a terriblement manqué. Vite, des Etats-généraux de la création à l’âge numérique, pour sortir de l’impasse Hadopi !
Quant à la fréquence des coupures, la Tribune parle d'Hadopi 2 comme d'un texte calibré pour engendrer quelques 50.000 coupures d'accès Internet par an. Et si un an d'Hadopi 2 correspond à 50 jours d'Hadopi 1 sur le front des sanctions, le gouvernement espère que cela suffira à créer un sentiment répressif qui poussera les internautes à délaisser le piratage pour s'orienter vers des contenus légaux. Utopique ? Nul doute !




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